La réponse courte : un multi family office devient pertinent à partir de 5 à 10 M€ de patrimoine financier, pour un coût annuel généralement compris entre 0,3 % et 1 % du patrimoine supervisé — ou un forfait d'honoraires de 20 000 à 100 000 € et plus selon la complexité. Créer son propre single family office ne se justifie économiquement qu'au-delà de 150 à 250 M€, pour un budget de fonctionnement de 1,5 à 4 M€ par an.
Derrière ces ordres de grandeur se cache une question plus fine : ce n'est pas tant le montant du patrimoine qui détermine le besoin d'un family office, que sa complexité. Détaillons.
Les deux modèles de family office, et ce qu'ils recouvrent vraiment
Le terme « family office » est utilisé pour désigner des réalités très différentes. Deux modèles structurent le marché européen — qui s'appuient l'un comme l'autre sur un écosystème de partenaires, au premier rang desquels les banques privées.
Le single family office (SFO) est une structure dédiée à une seule famille : équipe salariée, systèmes propres, gouvernance sur mesure. C'est le modèle historique — celui des très grandes fortunes industrielles. Il offre un contrôle total, mais à un coût fixe élevé qui ne se mutualise pas.
Le multi family office (MFO) mutualise une équipe pluridisciplinaire entre plusieurs familles. Chaque famille bénéficie de prestations équivalentes à celles d'un SFO — allocation d'actifs, structuration, consolidation, coordination des conseils — sans porter seule les coûts de structure. C'est le modèle d'Odax Wealth Partners.
La banque privée, elle, n'est pas un family office — c'est un partenaire indispensable. Dépositaire des actifs, elle propose une gestion conseillée ou discrétionnaire, en titres vifs comme en fonds, et travaille très largement en architecture ouverte. Le family office ne s'y substitue pas : il intervient un cran au-dessus. C'est lui qui définit la stratégie d'ensemble, répartit les mandats entre établissements, les met en concurrence et consolide leurs résultats. Une famille bien organisée a généralement plusieurs banques privées et un family office pour orchestrer le tout — les deux rôles se renforcent mutuellement.
| Multi family office | Single family office | |
|---|---|---|
| Patrimoine indicatif | 5 – 150 M€ | > 150 – 250 M€ |
| Coût annuel | 0,3 – 1 % ou forfait d'honoraires | 1,5 – 4 M€ de coûts fixes |
| Rémunération | Honoraires (fee-only) | Salaires de l'équipe dédiée |
| Équipe | Mutualisée entre familles | Dédiée à une seule famille |
| Rôle vis-à-vis des banques privées | Sélection, allocation des mandats, mise en concurrence, consolidation | Idem, en interne |
À partir de quel patrimoine un family office a-t-il du sens ?
En dessous de 5 M€ : rarement justifié
Un patrimoine financier inférieur à 5 M€, même significatif, trouve généralement une réponse adaptée auprès d'une banque privée de qualité ou d'un CGP indépendant. Le coût d'une coordination dédiée ne se justifie pas encore — sauf situation particulière (actionnariat d'entreprise complexe, dimension internationale forte).
De 5 à 20 M€ : la zone de bascule
C'est ici que le multi family office commence à créer de la valeur nette. Trois signaux typiques : le patrimoine est réparti entre plusieurs banques que personne ne compare ni ne met en concurrence ; les sujets fiscaux et juridiques (holding, assurance-vie luxembourgeoise, mobilité internationale) dépassent le périmètre d'un seul conseil ; et le temps consacré à administrer le patrimoine devient un coût en soi. À ce niveau, la seule renégociation des conditions bancaires et la mise en concurrence des gérants financent souvent une part substantielle des honoraires.
De 20 à 100 M€ : le cœur de cible du MFO
À ce niveau, la question n'est plus « faut-il un family office ? » mais « lequel ? ». Le patrimoine combine presque toujours plusieurs poches — coté, private equity, immobilier, parfois une entreprise en activité — plusieurs juridictions et plusieurs générations. Sans consolidation indépendante, personne ne voit le patrimoine en entier ; sans gouvernance, chaque décision se prend isolément. C'est précisément le terrain du multi family office.
Au-delà de 150 M€ : le SFO devient une option
La règle empirique européenne situe le seuil de pertinence économique d'un single family office autour de 150 à 250 M€ de patrimoine financier, pour un coût de fonctionnement de 1,5 à 4 M€ par an. En dessous, les coûts fixes pèsent trop lourd par rapport aux revenus du patrimoine ; au-delà, la question mérite une étude sérieuse — que nous menons dans le cadre de notre accompagnement à la structuration de single family office. Beaucoup de familles choisissent d'ailleurs un modèle hybride : un SFO léger pour l'intime, un MFO pour l'expertise.
Combien coûte réellement un multi family office ?
Le marché français et luxembourgeois pratique deux grands modèles de facturation, parfois combinés.
Les honoraires forfaitaires annuels. Un forfait défini à l'avance selon le périmètre de la mission — de l'ordre de 20 000 à 100 000 € par an sur le marché, davantage pour les situations très complexes. Ce modèle a le mérite de la prévisibilité et déconnecte totalement la rémunération de la taille des actifs.
Les honoraires proportionnels (ad valorem). Entre 0,3 % et 1 % du patrimoine supervisé par an selon le périmètre, avec une dégressivité par tranches. Ce modèle aligne la rémunération sur le périmètre réellement suivi.
Le critère décisif n'est pas le modèle de facturation, mais ce qu'il y a derrière : un family office réellement indépendant est rémunéré exclusivement par ses clients — c'est le principe du fee-only. Pas de rétrocessions des banques, pas de commissions sur les produits recommandés, pas de partenariats rémunérés. Cette exigence change la nature du conseil : quand votre conseiller ne gagne rien à vous orienter vers tel gérant ou tel produit, ses recommandations n'ont qu'un seul bénéficiaire possible.
Il faut enfin raisonner en coût net. Un family office efficace récupère une partie significative de ses honoraires par la négociation des conditions bancaires et des frais des produits, l'optimisation des structures et la prévention des erreurs coûteuses — les six premiers mois après une cession d'entreprise en sont l'illustration la plus fréquente.
Le vrai critère : la complexité, pas le montant
Les seuils donnent un cadre, mais la décision se prend sur la complexité. Un patrimoine de 8 M€ réparti sur trois pays, avec une holding, deux générations et un projet de cession, a davantage besoin d'un family office qu'un patrimoine de 25 M€ investi en gestion sous mandat unique. Les bons indicateurs : le nombre d'interlocuteurs (banques, notaires, avocats, experts-comptables) que personne ne coordonne ; l'existence d'enjeux transfrontaliers — résidence, structuration internationale, mobilité des enfants ; un événement de liquidité passé ou à venir ; et l'absence de vision consolidée du patrimoine.
Ce qu'il faut retenir
- ◆Dès 5 à 10 M€ de patrimoine financier, un multi family office devient pertinent — d'autant plus que la situation est complexe ou internationale.
- ◆Comptez 0,3 à 1 % par an ou un forfait d'honoraires selon le périmètre ; exigez un modèle fee-only, sans rétrocessions.
- ◆Le single family office ne se justifie qu'au-delà de 150 à 250 M€, pour 1,5 à 4 M€ de coûts annuels.
- ◆Le bon critère est la complexité : multi-banques, multi-juridictions, multi-générations — pas seulement le montant.
Questions fréquentes
Vous vous interrogez sur la pertinence d'un family office pour votre situation ? Le plus simple est d'en parler : un premier échange confidentiel permet en général de cadrer la question — y compris lorsque la réponse honnête est que vous n'en avez pas encore besoin.
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